En ClairDroit · Économie · Décisions
Droit social2026-08-21· 8 min

Fin des incendies : circulation des TGV sud-est rétablie

Les pompiers ont quitté les lieux après dix incendies près des voies. La circulation des TGV sud-est reprend. Détails à découvrir.

Feux le long des voies : quand un incendie paralyse toute une ligne TGV

Un incendie à proximité des voies suffit à stopper net la circulation des TGV, et lundi dernier, dix départs de feu ont frappé les abords du réseau ferroviaire français en une seule journée, selon SNCF Réseau. Sur l'axe TGV Sud-Est, la circulation n'a repris qu'une fois les pompiers partis et les flammes maîtrisées. Résultat concret : des trains bloqués, des voyageurs immobilisés, et une chaîne logistique nationale perturbée en quelques heures. Voici pourquoi un feu de broussailles a autant de conséquences économiques, et ce que ça révèle de la fragilité du système ferroviaire en période de canicule.

Pourquoi un feu à côté des voies arrête les trains

La règle est simple et non négociable : dès qu'un incendie se déclare à proximité immédiate des voies, la circulation est interrompue sur le tronçon concerné. Ce n'est pas une précaution excessive, c'est une nécessité technique et humaine.

Plusieurs raisons se cumulent. La fumée réduit la visibilité des conducteurs et peut masquer la signalisation. La chaleur intense déforme les rails, qui se dilatent et perdent leur alignement. Les caténaires — ces câbles électriques suspendus qui alimentent les trains — peuvent être endommagées par les flammes ou par la fumée conductrice. Et surtout, les pompiers ont besoin d'un accès dégagé et sécurisé pour intervenir : impossible de laisser passer un TGV à 300 km/h pendant qu'une lance à incendie arrose les abords.

D'où cette formule presque administrative reprise par SNCF Réseau : « les pompiers ont quitté les lieux ». Tant qu'ils sont présents, aucun train ne roule. C'est seulement après leur départ, une fois le sinistre éteint et les installations vérifiées, que la reprise est autorisée.

Dix feux en une journée : l'effet domino sur le réseau

Le chiffre marquant, c'est celui-là : dix incendies à proximité de voies ferrées recensés en France en une seule journée, lundi. Un tel volume n'a rien d'anodin.

Le problème du ferroviaire, c'est sa nature linéaire. Contrairement à la route, où un automobiliste peut contourner un obstacle, un train est prisonnier de sa voie. Un seul point de blocage sur l'axe Sud-Est — l'une des artères les plus fréquentées d'Europe — et c'est toute la circulation amont et aval qui se grippe. Les trains déjà partis s'arrêtent en pleine voie ou en gare, ceux qui devaient partir restent à quai, et les retards se propagent en cascade sur des centaines de kilomètres.

Multipliez ce phénomène par dix incidents simultanés répartis sur le territoire, et vous obtenez une désorganisation nationale. Ce que révèle cette journée, c'est que le réseau ferroviaire français fonctionne à flux tendu : il a peu de marge pour absorber les aléas.

Le coût caché pour les entreprises

On parle souvent des voyageurs bloqués, rarement de l'addition économique. Elle est pourtant réelle.

Un cadre qui rate un rendez-vous commercial à Lyon ou Marseille, une équipe qui arrive avec trois heures de retard à un salon professionnel, une livraison de marchandises transportées par fret ferroviaire décalée : chaque incident se traduit par des heures de travail perdues et des opportunités manquées. Pour une PME dont un dirigeant se déplace pour signer un contrat, l'immobilisation d'un TGV n'est pas une simple contrariété, c'est un risque business.

Le point que peu de gens voient venir : l'imprévisibilité coûte souvent plus cher que le retard lui-même. Une entreprise peut planifier autour d'un train supprimé annoncé la veille. Elle ne peut rien faire face à un feu qui se déclare à 14h et bloque l'axe jusqu'au soir. C'est cette incertitude qui désorganise les agendas, force à réserver des hôtels de dernière minute et transforme une journée de travail en journée blanche.

Ce que le droit du travail dit du salarié bloqué

Voici l'angle que personne ne traite quand on parle de feux sur les voies : que se passe-t-il pour le salarié coincé dans un TGV immobilisé ?

Premier cas : le salarié qui arrive en retard au travail à cause d'un train bloqué. Ce retard n'est pas une faute. Il relève d'un cas de force majeure — un événement imprévisible, irrésistible et extérieur. L'employeur ne peut pas le sanctionner pour un incident dont le salarié n'est pas responsable. En revanche, sauf disposition plus favorable de la convention collective ou usage dans l'entreprise, l'employeur n'est pas tenu de rémunérer les heures non travaillées : pas de travail effectif, pas de salaire dû sur ce créneau.

Deuxième cas, plus délicat : le salarié en déplacement professionnel dont le trajet retour est prolongé par un incident. Le temps de trajet domicile-travail habituel n'est pas du temps de travail effectif. Mais un déplacement professionnel qui dépasse le temps normal de trajet ouvre droit à une contrepartie, en repos ou financière, fixée par accord ou décision unilatérale.

Un DRH résume la frustration terrain : « On découvre après coup que trois collaborateurs bloqués huit heures dans un train n'ont aucune contrepartie prévue, parce que notre accord ne mentionne que les vols et pas les trains — et personne n'avait anticipé le cas. »

Télétravail et force majeure : le réflexe à anticiper

La bonne pratique, c'est d'avoir cadré la question avant que le train ne s'arrête. Un salarié équipé qui se retrouve immobilisé plusieurs heures peut parfaitement travailler depuis son ordinateur, si l'accord de télétravail ou une charte le permet.

Concrètement, l'employeur qui veut éviter les pertes de temps improductives a intérêt à prévoir, dans son accord de télétravail ou sa charte, une clause « circonstances exceptionnelles » couvrant les transports. Elle permet d'autoriser sans formalisme lourd le travail à distance en cas d'immobilisation. Qui rédige la clause : l'employeur ou son conseil. Quel document : avenant à l'accord de télétravail ou charte modifiée. Quand : en amont, jamais dans l'urgence de l'incident. Quelle preuve : le document daté et communiqué aux salariés.

Sans ce cadre, chaque incident devient une négociation improvisée, avec le risque d'un traitement inégal entre salariés — source classique de contentieux prud'homal pour rupture d'égalité de traitement.

Canicule, sécheresse et multiplication des risques

La saison estivale amplifie mécaniquement le phénomène. Végétation sèche le long des talus, températures élevées qui favorisent les départs de feu, et parfois étincelles générées par le freinage des trains eux-mêmes : les conditions sont réunies pour que les abords des voies deviennent des zones à risque.

Pour les entreprises dépendantes du ferroviaire — que ce soit pour déplacer leurs équipes ou acheminer des marchandises —, cela signifie une chose : la période juin-septembre concentre un risque de perturbation accru. Anticiper ce risque dans la planification des déplacements sensibles (signatures, salons, chantiers) n'est plus une précaution de confort, mais une gestion élémentaire de l'exposition opérationnelle.

Questions fréquentes

Un salarié en retard à cause d'un train bloqué peut-il être sanctionné ?

Non. Un retard causé par un incident ferroviaire relève de la force majeure : événement imprévisible, irrésistible et extérieur à la volonté du salarié. Aucune sanction disciplinaire ne peut être fondée sur ce seul motif. L'employeur peut toutefois demander un justificatif de la perturbation.

L'employeur doit-il payer les heures non travaillées par un salarié immobilisé dans un train ?

En principe non, faute de travail effectif accompli, sauf disposition plus favorable prévue par la convention collective, un accord d'entreprise ou un usage. Si le salarié travaille à distance pendant son immobilisation avec accord de l'employeur, ces heures constituent en revanche du temps de travail effectif à rémunérer.

Le temps passé bloqué en déplacement professionnel donne-t-il droit à une contrepartie ?

Le temps de déplacement professionnel qui dépasse le temps normal de trajet domicile-travail ouvre droit à une contrepartie, en repos ou financière, déterminée par accord collectif ou décision unilatérale de l'employeur. Un incident allongeant fortement le trajet retour peut donc déclencher cette contrepartie si elle est prévue.

Comment autoriser le télétravail improvisé d'un salarié bloqué ?

Le plus simple est d'avoir prévu une clause « circonstances exceptionnelles » dans l'accord ou la charte de télétravail, couvrant explicitement les perturbations de transport. À défaut, l'employeur peut donner un accord ponctuel écrit — par exemple par courriel — autorisant le travail à distance le temps de l'immobilisation.

Une entreprise peut-elle se retourner contre la SNCF pour un retard causé par un feu ?

Un incendie relève généralement de la force majeure, cause d'exonération de responsabilité du transporteur. Les indemnisations commerciales éventuelles suivent les conditions générales de vente du transporteur et concernent le voyageur, pas le préjudice économique indirect de son employeur.

Un dirigeant peut-il déduire les frais imprévus liés à un blocage ferroviaire ?

Les frais professionnels engagés en raison d'un incident — nuitée d'hôtel imprévue, repas supplémentaire — restent des frais professionnels déductibles s'ils sont justifiés et engagés dans l'intérêt de l'entreprise. Conserver les justificatifs est indispensable pour sécuriser la déduction.

Recevez En Clair chaque semaine

Les risques juridiques que vous ne voyez pas, les décisions que vous devez prendre — chaque semaine, pour les dirigeantes et dirigeants, DRH, DAF et experts-comptables.