L’intelligence artificielle révolutionne le recrutement : tri automatique de CV, chatbots de présélection, scoring de candidats, analyse vidéo d’entretiens. Mais depuis le règlement européen sur l’IA (IA Act, règlement 2024/1689), ces usages sont strictement encadrés. Voici ce que tout employeur doit savoir.
L’IA Act classe le recrutement comme « haut risque »
Le règlement (UE) 2024/1689 (IA Act), adopté le 13 juin 2024, classe les systèmes d’IA utilisés dans le domaine de l’emploi, de la gestion des travailleurs et de l’accès à l’emploi indépendant dans la catégorie « haut risque » (Annexe III, point 4).
Sont spécifiquement visés les systèmes d’IA destinés à :
- Le recrutement et la sélection de candidats (tri de CV, présélection, classement)
- La prise de décisions affectant les conditions de la relation de travail (promotion, licenciement)
- L’évaluation des performances et du comportement des travailleurs
- Le suivi et l’évaluation dans le cadre de la relation contractuelle
Étape 1 : Vérifier les obligations de l’IA Act
En tant que « déployeur » (utilisateur) d’un système d’IA à haut risque, l’employeur doit respecter plusieurs obligations (articles 26 et 27 de l’IA Act) :
- Utiliser le système conformément au mode d’emploi fourni par le fournisseur
- Assurer un contrôle humain : une personne physique compétente doit superviser le système et pouvoir intervenir ou annuler ses recommandations
- Surveiller le fonctionnement du système et signaler tout dysfonctionnement
- Réaliser une AIPD (analyse d’impact relative à la protection des données) conformément au RGPD
- Informer les représentants du personnel et les personnes concernées
Étape 2 : Respecter l’article 22 du RGPD
L’article 22 du RGPD interdit les décisions fondées exclusivement sur un traitement automatisé produisant des effets juridiques ou significatifs pour la personne concernée.
En matière de recrutement, cela signifie qu’un algorithme ne peut pas, seul, décider d’écarter un candidat. Il faut toujours une intervention humaine significative dans le processus de décision.
Exemple concret : Un outil d’IA trie 500 CV et en retient 50. C’est acceptable si un recruteur humain examine ensuite les 50 CV retenus ET vérifie un échantillon des CV écartés. Si l’outil élimine directement les candidats sans contrôle humain, c’est une violation de l’article 22 du RGPD.
Étape 3 : Respecter le Code du travail
Le Code du travail contient des dispositions applicables indépendamment du RGPD et de l’IA Act :
Article L. 1222-3 : « Le salarié est expressément informé, préalablement à leur mise en œuvre, des méthodes et techniques d’évaluation professionnelles mises en œuvre à son égard. Les résultats obtenus sont confidentiels. »
Article L. 1221-8 : Le candidat à un emploi est expressément informé, préalablement à leur mise en œuvre, des méthodes et techniques d’aide au recrutement utilisées à son égard.
Ces articles s’appliquent directement aux outils d’IA : le candidat doit savoir qu’un algorithme est utilisé pour traiter sa candidature.
Étape 4 : Réaliser une AIPD
L’utilisation d’un système d’IA dans le recrutement nécessite une analyse d’impact relative à la protection des données (article 35 du RGPD). Cette AIPD doit évaluer :
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