En ClairDroit · Économie · Décisions
Guide pratique2026-03-12· 9 min

Comment gérer l’ia dans le recrutement ? Obligations IA Act et Code du travail

Guide IA Act et recrutement : classification haut risque, obligations de transparence, AIPD, décisions automatisées (art. 22 RGPD), article L1222-3 Code du trav

L’intelligence artificielle révolutionne le recrutement : tri automatique de CV, chatbots de présélection, scoring de candidats, analyse vidéo d’entretiens. Mais depuis le règlement européen sur l’IA (IA Act, règlement 2026/1689), ces usages sont strictement encadrés. Voici ce que tout employeur doit savoir.

L’IA Act classe le recrutement comme « haut risque »

Le règlement (UE) 2026/1689 (IA Act), adopté le 13 juin 2026, classe les systèmes d’IA utilisés dans le domaine de l’emploi, de la gestion des travailleurs et de l’accès à l’emploi indépendant dans la catégorie « haut risque » (Annexe III, point 4).

Sont spécifiquement visés les systèmes d’IA destinés à :

  • Le recrutement et la sélection de candidats (tri de CV, présélection, classement)
  • La prise de décisions affectant les conditions de la relation de travail (promotion, licenciement)
  • L’évaluation des performances et du comportement des travailleurs
  • Le suivi et l’évaluation dans le cadre de la relation contractuelle

Étape 1 : Vérifier les obligations de l’IA Act

En tant que « déployeur » (utilisateur) d’un système d’IA à haut risque, l’employeur doit respecter plusieurs obligations (articles 26 et 27 de l’IA Act) :

  1. Utiliser le système conformément au mode d’emploi fourni par le fournisseur
  2. Assurer un contrôle humain : une personne physique compétente doit superviser le système et pouvoir intervenir ou annuler ses recommandations
  3. Surveiller le fonctionnement du système et signaler tout dysfonctionnement
  4. Réaliser une AIPD (analyse d’impact relative à la protection des données) conformément au RGPD
  5. Informer les représentants du personnel et les personnes concernées
À retenir : L’IA Act entre en application progressivement. Les obligations pour les systèmes à haut risque s’appliquent à compter du 2 août 2026. Mais le RGPD et le Code du travail s’appliquent déjà !

Étape 2 : Respecter l’article 22 du RGPD

L’article 22 du RGPD interdit les décisions fondées exclusivement sur un traitement automatisé produisant des effets juridiques ou significatifs pour la personne concernée.

En matière de recrutement, cela signifie qu’un algorithme ne peut pas, seul, décider d’écarter un candidat. Il faut toujours une intervention humaine significative dans le processus de décision.

Exemple concret : Un outil d’IA trie 500 CV et en retient 50. C’est acceptable si un recruteur humain examine ensuite les 50 CV retenus ET vérifie un échantillon des CV écartés. Si l’outil élimine directement les candidats sans contrôle humain, c’est une violation de l’article 22 du RGPD.

Étape 3 : Respecter le Code du travail

Le Code du travail contient des dispositions applicables indépendamment du RGPD et de l’IA Act :

Article L. 1222-3 : « Le salarié est expressément informé, préalablement à leur mise en œuvre, des méthodes et techniques d’évaluation professionnelles mises en œuvre à son égard. Les résultats obtenus sont confidentiels. »

Article L. 1221-8 : Le candidat à un emploi est expressément informé, préalablement à leur mise en œuvre, des méthodes et techniques d’aide au recrutement utilisées à son égard.

Ces articles s’appliquent directement aux outils d’IA : le candidat doit savoir qu’un algorithme est utilisé pour traiter sa candidature.

Étape 4 : Réaliser une AIPD

L’utilisation d’un système d’IA dans le recrutement nécessite une analyse d’impact relative à la protection des données (article 35 du RGPD). Cette AIPD doit évaluer :

  • Les risques de discrimination (biais algorithmiques)
  • La proportionnalité du traitement
  • Les mesures de protection (contrôle humain, transparence, droit d’opposition)
  • La qualité des données d’entraînement de l’algorithme

Étape 5 : Lutter contre les biais algorithmiques

Les algorithmes de recrutement peuvent reproduire et amplifier les discriminations existantes. Exemples documentés :

  • Un algorithme entraîné sur des données historiques de recrutement qui défavorise les femmes car l’entreprise a historiquement recruté principalement des hommes
  • Un outil de scoring qui pénalise les candidats ayant des lacunes dans leur CV (congé parental, maladie)
  • Un système d’analyse vidéo qui discrimine sur des critères d’apparence ou d’expression

L’employeur doit exiger de son fournisseur des audits réguliers des biais et vérifier que le système ne produit pas de discriminations interdites par l’article L. 1132-1 du Code du travail.

Attention : L’employeur reste juridiquement responsable des décisions de recrutement, même si elles sont influencées par un outil d’IA. « L’algorithme a décidé » n’est pas une défense recevable devant un tribunal.

Les sanctions applicables

  • IA Act : jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial pour les violations les plus graves
  • RGPD : jusqu’à 20 millions d’euros ou 4 % du chiffre d’affaires mondial
  • Code du travail : nullité du recrutement, dommages-intérêts pour discrimination, sanctions pénales

Checklist IA et recrutement

  1. Identifier tous les outils d’IA utilisés dans le processus de recrutement
  2. Vérifier la conformité du fournisseur avec l’IA Act
  3. Réaliser une AIPD
  4. Informer les candidats de l’utilisation d’un outil d’IA
  5. Garantir un contrôle humain effectif à chaque étape
  6. Auditer régulièrement les biais algorithmiques
  7. Documenter et conserver les processus de décision
À retenir : L’IA peut accélérer et améliorer le recrutement, mais elle ne doit jamais remplacer le jugement humain. Transparence, contrôle et lutte contre les biais sont les trois piliers d’un recrutement assisté par IA conforme.

📚 Pour aller plus loin

Les principes fondamentaux du droit du travail applicables

Le droit du travail français repose sur une articulation complexe entre différentes sources de droit. L’employeur doit maîtriser cette hiérarchie pour assurer la conformité de ses pratiques :

  • Les normes constitutionnelles et internationales : le Préambule de la Constitution de 1946, les conventions de l’OIT ratifiées par la France, le droit de l’Union européenne (directives et règlements)
  • Le Code du travail : les dispositions légales et réglementaires constituent le socle commun applicable à tous les employeurs
  • Les conventions et accords collectifs : de branche, d’entreprise ou d’établissement, ils complètent ou adaptent les dispositions légales. Depuis les ordonnances du 22 septembre 2017, l’accord d’entreprise prime sur l’accord de branche dans la majorité des domaines (article L.2253-3)
  • Le contrat de travail : il ne peut déroger aux dispositions légales et conventionnelles que dans un sens plus favorable au salarié
  • Les usages et engagements unilatéraux : ils créent des droits pour les salariés et ne peuvent être supprimés qu’après dénonciation régulière (information du CSE, information individuelle des salariés, délai de prévenance suffisant)

La jurisprudence de la Cour de cassation joue un rôle essentiel dans l’interprétation de ces normes. Dans un arrêt Cass. soc., 25 octobre 2023, n° 22-11.240, la Chambre sociale a rappelé que le principe de faveur s’applique dans les rapports entre le contrat de travail et la convention collective, de sorte que le salarié bénéficie toujours de la disposition la plus avantageuse.

Consultez nos experts en droit du travail pour un accompagnement personnalisé.

Les obligations incontournables de l’employeur

L’employeur est soumis à un ensemble d’obligations légales et réglementaires dont le non-respect peut entraîner des sanctions civiles, pénales ou administratives :

  • La déclaration préalable à l’embauche (DPAE) : obligatoire avant toute embauche, dans un délai pouvant aller jusqu’à 8 jours avant la prise de poste (article L.1221-10)
  • La visite d’information et de prévention : dans les 3 mois suivant la prise de poste (article R.4624-10), ou avant l’affectation au poste pour les travailleurs de nuit et les mineurs
  • Le registre unique du personnel : tenu dans chaque établissement (article L.1221-13), mentionnant les entrées et sorties du personnel
  • L’affichage obligatoire : horaires de travail, consignes de sécurité, coordonnées de l’inspection du travail, du médecin du travail, des services de secours, textes relatifs au harcèlement et à la discrimination
  • Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) : obligatoire dès le premier salarié (article R.4121-1)
  • Les entretiens professionnels : tous les 2 ans (article L.6315-1)

En matière de paie, l’employeur doit également veiller au respect des minima conventionnels, au calcul exact des cotisations sociales, et à la remise d’un bulletin de paie conforme chaque mois.

Checklist de conformité pour l’employeur

Vérifiez régulièrement les points suivants pour assurer la conformité de votre entreprise :

  • ✅ DPAE effectuée pour chaque nouvel embauché avant la prise de poste
  • ✅ Contrats de travail rédigés et signés (obligatoire pour les CDD, fortement recommandé pour les CDI)
  • ✅ Registre unique du personnel tenu à jour
  • ✅ DUERP élaboré et mis à jour annuellement (entreprises ≥ 11 salariés)
  • ✅ Affichages obligatoires en place et actualisés
  • ✅ Convention collective applicable identifiée et respectée
  • ✅ Bulletins de paie conformes aux mentions obligatoires
  • ✅ Élections du CSE organisées (entreprises ≥ 11 salariés pendant 12 mois consécutifs)
  • ✅ Entretiens professionnels réalisés tous les 2 ans
  • ✅ DSN transmise mensuellement sans anomalie
  • ✅ Complémentaire santé collective et obligatoire mise en place
  • Contacter nos experts pour un audit de conformité global

Questions fréquentes

Quels sont les délais de prescription en droit du travail ?

Les principaux délais de prescription sont : 1 an pour contester un licenciement, 2 ans pour les actions portant sur l’exécution du contrat de travail, 3 ans pour les actions en paiement de salaire, et 5 ans pour le harcèlement moral ou la discrimination (article L.1471-1 du Code du travail).

Comment se déroule une audience devant le conseil de prud’hommes ?

La procédure prud’homale débute par une phase de conciliation devant le bureau de conciliation et d’orientation (BCO). En l’absence d’accord, l’affaire est renvoyée devant le bureau de jugement. La procédure est orale et les parties peuvent se faire assister ou représenter par un avocat, un défenseur syndical ou un conjoint.

L’employeur peut-il modifier unilatéralement les conditions de travail ?

L’employeur peut modifier les conditions de travail (éléments non essentiels) dans le cadre de son pouvoir de direction. En revanche, toute modification d’un élément essentiel du contrat (rémunération, qualification, durée du travail, lieu de travail au-delà de la zone géographique) constitue une modification du contrat nécessitant l’accord du salarié (Cass. soc., 10 octobre 2000, n° 98-41.358).

Quels documents l’employeur doit-il remettre en fin de contrat ?

L’employeur doit remettre au salarié : le certificat de travail (article L.1234-19), l’attestation France Travail (article R.1234-9), le reçu pour solde de tout compte (article L.1234-20), et un récapitulatif de l’ensemble des sommes d’épargne salariale. Le défaut de remise cause un préjudice ouvrant droit à des dommages et intérêts.

Besoin d’un accompagnement sur ce sujet ?

Nos experts en droit du travail et paie vous accompagnent.

Contacter un expert

Accédez au guide complet gratuitement

Entrez votre email pour lire la suite et recevoir le PDF

Recevez En Clair chaque semaine

Les risques juridiques que vous ne voyez pas, les décisions que vous devez prendre — chaque semaine, pour les dirigeantes et dirigeants, DRH, DAF et experts-comptables.