Tout employeur, quelle que soit la taille de son entreprise, doit assurer le suivi de la santé de ses salariés. Pour cela, il doit adhérer à un service de prévention et de santé au travail (SPST), anciennement appelé « service de santé au travail ». Voici tout ce que vous devez savoir pour remplir cette obligation.
L’adhésion obligatoire : aucune exception
L’article L. 4622-1 du Code du travail dispose que tout employeur doit organiser un service de prévention et de santé au travail. Cette obligation s’impose dès le premier salarié, quels que soient le secteur d’activité et la nature du contrat (CDI, CDD, intérim).
Concrètement, deux options s’offrent à l’employeur :
- SPST interentreprises (SPSTI) : l’employeur adhère à un service mutualisé entre plusieurs entreprises. C’est la solution la plus courante, notamment pour les PME.
- SPST autonome (SPSTA) : l’entreprise crée son propre service interne. Cette option est réservée aux entreprises atteignant un seuil minimal.
Étape 1 : Déterminer votre type de SPST
Le SPST interentreprises
C’est la solution par défaut pour la grande majorité des entreprises. L’employeur signe un contrat d’adhésion avec un SPSTI de son choix (généralement le service couvrant sa zone géographique).
Le SPST autonome
L’article D. 4622-1 du Code du travail prévoit qu’un service autonome peut être créé lorsque l’effectif de salariés suivis atteint ou dépasse 500 salariés. Cette création nécessite l’avis du CSE et doit être autorisée par le DREETS (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités).
Étape 2 : Comprendre les missions du SPST
Depuis la loi du 2 août 2021, les missions des SPST ont été élargies. L’article L. 4622-2 du Code du travail les définit autour de quatre axes :
- Prévention : conduire des actions de prévention des risques professionnels, conseiller employeurs et salariés
- Suivi individuel : assurer le suivi de l’état de santé des travailleurs (VIP, SIR, visites de reprise, etc.)
- Prévention de la désinsertion professionnelle : accompagner le maintien dans l’emploi des salariés en difficulté de santé
- Veille sanitaire : contribuer à la traçabilité des expositions professionnelles et à la veille sanitaire
Étape 3 : Connaître l’équipe pluridisciplinaire
Le SPST n’est plus centré uniquement sur le médecin du travail. L’article L. 4622-8 du Code du travail prévoit une équipe pluridisciplinaire comprenant :
- Le médecin du travail
- L’infirmier en santé au travail
- L’intervenant en prévention des risques professionnels (IPRP)
- L’assistant de service de santé au travail
- Et, le cas échéant, des collaborateurs médecins, des internes, des ergonomes, des psychologues du travail, des toxicologues, etc.
Étape 4 : Remplir vos obligations documentaires
📚 Pour aller plus loin
- → Comment se d\u00e9roule un contr\u00f4le de l’inspection du travail ? Guide pour l’employeur
- → Durée légale du travail 35 heures : guide complet pour l’employeur
- → Réserves motivées de l’employeur sur un accident du travail : guide pratique
- → SPST : services de prevention et de sante au travail en 2026
- → Rupture conventionnelle : guide complet pour l’employeur à Paris — Avocat employeur droit du travail
Les principes fondamentaux du droit du travail applicables
Le droit du travail français repose sur une articulation complexe entre différentes sources de droit. L’employeur doit maîtriser cette hiérarchie pour assurer la conformité de ses pratiques :
- Les normes constitutionnelles et internationales : le Préambule de la Constitution de 1946, les conventions de l’OIT ratifiées par la France, le droit de l’Union européenne (directives et règlements)
- Le Code du travail : les dispositions légales et réglementaires constituent le socle commun applicable à tous les employeurs
- Les conventions et accords collectifs : de branche, d’entreprise ou d’établissement, ils complètent ou adaptent les dispositions légales. Depuis les ordonnances du 22 septembre 2017, l’accord d’entreprise prime sur l’accord de branche dans la majorité des domaines (article L.2253-3)
- Le contrat de travail : il ne peut déroger aux dispositions légales et conventionnelles que dans un sens plus favorable au salarié
- Les usages et engagements unilatéraux : ils créent des droits pour les salariés et ne peuvent être supprimés qu’après dénonciation régulière (information du CSE, information individuelle des salariés, délai de prévenance suffisant)
La jurisprudence de la Cour de cassation joue un rôle essentiel dans l’interprétation de ces normes. Dans un arrêt Cass. soc., 25 octobre 2023, n° 22-11.240, la Chambre sociale a rappelé que le principe de faveur s’applique dans les rapports entre le contrat de travail et la convention collective, de sorte que le salarié bénéficie toujours de la disposition la plus avantageuse.
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Les obligations incontournables de l’employeur
L’employeur est soumis à un ensemble d’obligations légales et réglementaires dont le non-respect peut entraîner des sanctions civiles, pénales ou administratives :
- La déclaration préalable à l’embauche (DPAE) : obligatoire avant toute embauche, dans un délai pouvant aller jusqu’à 8 jours avant la prise de poste (article L.1221-10)
- La visite d’information et de prévention : dans les 3 mois suivant la prise de poste (article R.4624-10), ou avant l’affectation au poste pour les travailleurs de nuit et les mineurs
- Le registre unique du personnel : tenu dans chaque établissement (article L.1221-13), mentionnant les entrées et sorties du personnel
- L’affichage obligatoire : horaires de travail, consignes de sécurité, coordonnées de l’inspection du travail, du médecin du travail, des services de secours, textes relatifs au harcèlement et à la discrimination
- Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) : obligatoire dès le premier salarié (article R.4121-1)
- Les entretiens professionnels : tous les 2 ans (article L.6315-1)
En matière de paie, l’employeur doit également veiller au respect des minima conventionnels, au calcul exact des cotisations sociales, et à la remise d’un bulletin de paie conforme chaque mois.
Checklist de conformité pour l’employeur
Vérifiez régulièrement les points suivants pour assurer la conformité de votre entreprise :
- ✅ DPAE effectuée pour chaque nouvel embauché avant la prise de poste
- ✅ Contrats de travail rédigés et signés (obligatoire pour les CDD, fortement recommandé pour les CDI)
- ✅ Registre unique du personnel tenu à jour
- ✅ DUERP élaboré et mis à jour annuellement (entreprises ≥ 11 salariés)
- ✅ Affichages obligatoires en place et actualisés
- ✅ Convention collective applicable identifiée et respectée
- ✅ Bulletins de paie conformes aux mentions obligatoires
- ✅ Élections du CSE organisées (entreprises ≥ 11 salariés pendant 12 mois consécutifs)
- ✅ Entretiens professionnels réalisés tous les 2 ans
- ✅ DSN transmise mensuellement sans anomalie
- ✅ Complémentaire santé collective et obligatoire mise en place
- ✅ Contacter nos experts pour un audit de conformité global
Questions fréquentes
Quels sont les délais de prescription en droit du travail ?
Les principaux délais de prescription sont : 1 an pour contester un licenciement, 2 ans pour les actions portant sur l’exécution du contrat de travail, 3 ans pour les actions en paiement de salaire, et 5 ans pour le harcèlement moral ou la discrimination (article L.1471-1 du Code du travail).
Comment se déroule une audience devant le conseil de prud’hommes ?
La procédure prud’homale débute par une phase de conciliation devant le bureau de conciliation et d’orientation (BCO). En l’absence d’accord, l’affaire est renvoyée devant le bureau de jugement. La procédure est orale et les parties peuvent se faire assister ou représenter par un avocat, un défenseur syndical ou un conjoint.
L’employeur peut-il modifier unilatéralement les conditions de travail ?
L’employeur peut modifier les conditions de travail (éléments non essentiels) dans le cadre de son pouvoir de direction. En revanche, toute modification d’un élément essentiel du contrat (rémunération, qualification, durée du travail, lieu de travail au-delà de la zone géographique) constitue une modification du contrat nécessitant l’accord du salarié (Cass. soc., 10 octobre 2000, n° 98-41.358).
Quels documents l’employeur doit-il remettre en fin de contrat ?
L’employeur doit remettre au salarié : le certificat de travail (article L.1234-19), l’attestation France Travail (article R.1234-9), le reçu pour solde de tout compte (article L.1234-20), et un récapitulatif de l’ensemble des sommes d’épargne salariale. Le défaut de remise cause un préjudice ouvrant droit à des dommages et intérêts.
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