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Économie2026-03-18· 5 min

Défaillances d'entreprises : les chiffres 2025-2026 et ce qu'ils disent de l'économie

Les défaillances d'entreprises ont atteint des niveaux inédits depuis 2015. Secteurs touchés, profils à risque, signaux d'alerte — ce que tout dirigeant de PME doit savoir pour ne pas faire partie des statistiques.

En 2025, la France a enregistré environ 66 500 défaillances d'entreprises. C'est 8 % de plus qu'en 2024, et le niveau le plus élevé depuis 2015. Si vous dirigez une PME, ces chiffres ne sont pas qu'une statistique macro : ils décrivent l'environnement dans lequel vous évoluez — et les risques qui pèsent sur vos clients, vos fournisseurs, et potentiellement votre propre structure.

Ce que disent les chiffres

Le pic post-Covid se confirme. Après les années 2020-2021, artificiellement basses grâce aux aides d'État (PGE, fonds de solidarité, reports de charges), le rattrapage a commencé en 2023 et ne s'est pas arrêté.

Année Défaillances Variation
2019 52 000 Référence pré-Covid
2020 32 000 -38 % (aides massives)
2021 28 000 -46 %
2022 42 000 +50 %
2023 57 500 +37 %
2024 61 500 +7 %
2025 66 500 +8 %

La tendance est nette : on n'est pas revenu à la normale. On l'a dépassée.

Les secteurs les plus touchés

Tous les secteurs ne souffrent pas de la même façon. En 2025, trois filières concentrent l'essentiel de la hausse :

La construction reste le secteur le plus sinistré en volume, avec environ 16 000 procédures. Les petites entreprises du BTP, souvent sous-capitalisées, subissent la hausse du coût des matériaux et le ralentissement de la construction neuve (-20 % de permis de construire par rapport à 2022).

La restauration et l'hôtellerie continuent de payer le prix des PGE à rembourser, avec une consommation qui n'a pas retrouvé les niveaux d'avant-Covid dans les zones non touristiques. Environ 8 000 défaillances dans le secteur.

Le commerce de détail, pris en étau entre l'inflation et la montée du e-commerce, enregistre lui aussi une hausse marquée, autour de 9 500 procédures.

Le profil type de l'entreprise défaillante

Selon les données Altares, le profil dominant est clair :

  • Moins de 10 salariés : 93 % des défaillances concernent des TPE
  • Moins de 5 ans d'existence : les jeunes entreprises restent surreprésentées
  • CA inférieur à 500 000 euros : les structures faiblement capitalisées sont les premières à tomber

Ce n'est pas une surprise. Une entreprise avec peu de trésorerie, un ou deux clients importants et pas de ligne de crédit confirmée est structurellement fragile.

Pourquoi la situation ne s'améliore pas

Trois facteurs se cumulent début 2026 :

1. Les PGE arrivent en fin de remboursement. Sur les 145 milliards d'euros accordés, une partie significative reste due. Les entreprises qui ont étalé au maximum (6 ans) arrivent aux dernières échéances en 2026-2027. Celles qui ne peuvent plus payer basculent en procédure.

2. Les taux d'intérêt, même en baisse, restent au-dessus des niveaux 2019-2021. Le crédit coûte plus cher qu'il y a quatre ans. Pour une PME qui a besoin de refinancer ou d'investir, l'accès au financement reste tendu.

3. La demande intérieure stagne. Avec une croissance du PIB autour de 0,8 % en 2025, il n'y a pas de dynamique forte pour compenser la hausse des coûts (salaires, énergie, matières premières).

Ce que ça signifie concrètement pour vous

Si vous dirigez une PME, trois réflexes s'imposent :

Surveillez vos clients. Une défaillance en cascade, c'est quand votre client principal dépose le bilan et que vous vous retrouvez avec une créance irrécouvrable de 50 000 ou 100 000 euros. Consultez régulièrement les scores de solvabilité de vos principaux clients (Infogreffe, Creditsafe, Ellisphere). Un retard de paiement qui s'allonge est souvent le premier signe.

Vérifiez vos fournisseurs critiques. Si un fournisseur clé fait défaut, c'est votre production ou votre activité qui s'arrête. Identifiez vos dépendances et prévoyez des alternatives.

Renforcez votre trésorerie. Ce n'est pas le moment de tirer sur la corde. Un matelas de trésorerie de 2 à 3 mois de charges fixes est un minimum. Si vous ne l'avez pas, négociez une ligne de crédit avant d'en avoir besoin — pas après.

Les signaux d'alerte à connaître sur votre propre entreprise

Avant d'en arriver à la cessation de paiements, il y a des signaux qu'il faut savoir reconnaître :

  • Votre BFR (besoin en fonds de roulement) augmente plus vite que votre CA
  • Vous payez vos fournisseurs de plus en plus tard
  • Votre banquier commence à poser des questions sur vos prévisionnels
  • Vos charges fixes dépassent 80 % de votre marge brute

Si deux ou plus de ces signaux sont allumés, prenez les devants. Un mandat ad hoc ou une conciliation sont des outils de prévention, pas des aveux de faiblesse. Ils vous permettent de restructurer votre dette sous protection du tribunal, avant que la situation ne devienne irréversible.

En résumé

Les défaillances ne vont probablement pas baisser en 2026. Le contexte économique — croissance molle, coûts élevés, remboursements de PGE — maintient la pression sur les PME fragiles. Votre meilleur atout : anticiper, surveiller votre environnement, et garder des marges de manoeuvre financières. Les entreprises qui passent les crises sont rarement les plus grandes. Ce sont celles qui voient les problèmes arriver.

Sources

  • [1] Banque de France — Statistiques des défaillances d'entreprises, janvier 2026
  • [2] Altares — Étude annuelle des défaillances d'entreprises en France, bilan 2025
  • [3] INSEE — Note de conjoncture, décembre 2025
  • [4] Conseil national des administrateurs judiciaires et des mandataires judiciaires (CNAJMJ) — Rapport annuel 2025

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