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Jurisprudence2026-08-31· 8 min

Réforme des arrêts maladie : le PM veut réduire les abus

Le gouvernement envisage une réforme majeure des arrêts maladie pour économiser. Indemnités journalières, carence, débats budgétaires : ce qui pourrait changer.

Réforme des arrêts maladie : ce que veut vraiment changer Sébastien Lecornu

Proposition politique non encore adoptée — état au 30/08/2026. Le Premier ministre a annoncé vouloir réformer « en profondeur » le régime des arrêts maladie, en visant deux leviers précis : les indemnités journalières (IJ) versées par la Sécurité sociale et le délai de carence. Rien n'est voté. Ces mesures seraient discutées à l'automne, lors des débats budgétaires. Mais l'intention est claire : réaliser des économies substantielles sur un poste de dépense jugé trop lourd, en s'attaquant à ce que le chef du gouvernement qualifie d'« abus ». Concrètement, si vous êtes dirigeant ou salarié, deux chiffres décident de tout : combien de jours vous êtes indemnisé, et à partir de quand. C'est exactement là que la réforme frapperait.

Ce qui est réellement sur la table (et ce qui ne l'est pas)

Attention à ne pas confondre annonce et loi. À ce stade, il s'agit d'une orientation politique, pas d'un texte adopté. Le Premier ministre a désigné deux cibles :

  1. Les indemnités journalières : la somme que verse l'Assurance maladie au salarié en arrêt, calculée sur ses salaires antérieurs.
  2. Le délai de carence : les jours de début d'arrêt pendant lesquels aucune IJ n'est versée.

Tout le reste — durée maximale d'indemnisation, contrôle médical renforcé, plafonds — relève pour l'instant de l'hypothèse. Le rendez-vous fixé est celui du budget de l'automne, via le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Tant que ce texte n'est pas voté et promulgué, rien ne change pour votre bulletin de paie. Le conditionnel s'impose sur chaque ligne de cet article.

Indemnités journalières : comment ça marche aujourd'hui

Pour comprendre l'impact, il faut d'abord savoir d'où l'on part. Quand un salarié tombe malade, deux acteurs peuvent intervenir :

  • La Sécurité sociale verse une indemnité journalière, à partir du 4ᵉ jour d'arrêt, soit après 3 jours de carence (article L.323-1 du Code de la sécurité sociale). Cette IJ correspond à un pourcentage du salaire journalier de base, dans la limite d'un plafond réglementaire.
  • L'employeur complète, sous conditions d'ancienneté, via le maintien de salaire prévu par la loi (article L.1226-1 du Code du travail) ou par la convention collective applicable, souvent plus favorable.

C'est ce double étage qui explique pourquoi un salarié bien couvert ne perd presque rien pendant un arrêt court — et pourquoi la réforme, si elle touche la carence ou le montant des IJ, aurait un effet en cascade sur les deux étages.

Le délai de carence : le vrai nerf de la guerre

Le délai de carence est le levier le plus discret et le plus efficace pour réaliser des économies. Rappelons la mécanique :

  • 3 jours de carence s'appliquent pour l'indemnisation par la Sécurité sociale (secteur privé).
  • Mais la convention collective ou l'accord d'entreprise peut prévoir que l'employeur maintient le salaire dès le 1ᵉʳ jour, neutralisant l'effet de la carence pour le salarié.

Allonger la carence Sécu ou en durcir les conditions pèserait mécaniquement soit sur le salarié (perte sèche de revenu), soit sur l'employeur (si sa convention l'oblige à maintenir le salaire). C'est le point aveugle des annonces politiques : déplacer la carence de la Sécu vers l'entreprise ne fait pas disparaître la dépense, elle change de payeur.

« Abus » : de quoi parle-t-on exactement ?

Le mot « abus » mérite d'être décortiqué, car il recouvre des réalités très différentes :

  • Les arrêts de complaisance (fraude minoritaire mais médiatisée),
  • L'augmentation structurelle du volume d'arrêts, liée au vieillissement de la population active et aux conditions de travail,
  • Les arrêts longs pour affections chroniques, qui pèsent lourd dans les comptes sans être des abus.

Voici l'angle que peu de commentateurs relèvent : assimiler la hausse des dépenses d'IJ à un problème d'abus est un raccourci contestable. Une part importante de la progression tient à la démographie et à l'allongement des carrières — davantage de seniors au travail signifie mécaniquement plus d'arrêts longs. Réduire l'indemnisation ne « corrige » pas un abus dans ce cas : cela transfère un coût vers le salarié malade. Le débat budgétaire de l'automne devra trancher entre logique de lutte anti-fraude et logique de rabot comptable — deux choses très différentes.

L'impact concret pour l'employeur

Un DRH le résume crûment : « Chaque fois que l'État rabote la Sécu sur la carence, on découvre trois mois plus tard que notre convention collective nous oblige à combler le trou — et personne n'avait chiffré la note. » C'est le scénario redouté.

Si la réforme durcit les IJ ou la carence, l'employeur pourrait être exposé sur plusieurs fronts :

Levier réformé Effet possible sur l'employeur
Allongement de la carence Sécu Surcoût de maintien de salaire si la convention collective impose le maintien dès J1
Baisse du montant des IJ Complément employeur mécaniquement plus élevé pour atteindre le salaire garanti
Durcissement des conditions d'IJ Risque de litiges paie si le salarié conteste le calcul

Le point de vigilance : votre convention collective. Deux entreprises voisines peuvent vivre la même réforme de façons opposées, selon que leur texte prévoit un maintien de salaire dès le premier jour ou après carence. Avant toute anticipation budgétaire, la première question à poser est : que dit ma convention sur le maintien de salaire et la carence ?

L'impact concret pour le salarié

Du côté salarié, l'équation est plus simple à énoncer, plus douloureuse à vivre :

  1. Un arrêt court (quelques jours) deviendrait potentiellement plus coûteux si la carence s'allonge et que la convention ne compense pas.
  2. Un arrêt long verrait son revenu de remplacement diminuer si le montant des IJ baisse.
  3. Les salariés dont la convention collective est peu protectrice seraient les premiers exposés.

Autrement dit, l'effet réel d'une même réforme dépendrait fortement du secteur et de l'entreprise. Un cadre couvert par une convention généreuse ne verrait presque rien ; un salarié d'un secteur à faible protection encaisserait la perte de plein fouet.

Pourquoi ce dossier revient à chaque budget

Ce n'est pas la première fois que la carence et les IJ ressurgissent au moment des arbitrages budgétaires. La raison est structurelle : les dépenses d'indemnités journalières représentent un poste massif et croissant de l'Assurance maladie, et elles constituent un gisement d'économies « techniquement facile » à actionner — il suffit de modifier un décret ou un article du Code de la sécurité sociale.

Mais « techniquement facile » ne veut pas dire « socialement neutre ». C'est pourquoi ces réformes provoquent systématiquement des débats vifs : elles touchent au revenu du salarié malade, à l'équilibre des conventions collectives et à la trésorerie des entreprises. Le rendez-vous de l'automne s'annonce donc tendu.

Ce que vous devez surveiller d'ici l'automne

Tant qu'aucun texte n'est adopté, la bonne posture est la veille active, pas la réaction précipitée. Trois réflexes :

  1. Identifier votre convention collective et repérer précisément ce qu'elle dit sur le maintien de salaire et la carence.
  2. Suivre le calendrier du PLFSS : c'est le véhicule législatif où la réforme prendrait forme (ou serait abandonnée).
  3. Ne rien modifier dans vos pratiques de paie avant publication d'un texte au Journal officiel — anticiper une réforme non votée expose à des erreurs coûteuses.

Pour cadrer une question précise de paie — par exemple « ma convention m'oblige-t-elle à maintenir le salaire dès le premier jour ? » —, DAIRIA IA répond de façon sourcée en citant les textes applicables (Code du travail, Code de la sécurité sociale, BOSS) et vous oriente vers l'article pertinent. Elle vous aide à comprendre votre situation ; elle ne remplace pas l'analyse d'un avocat sur un cas litigieux.

Questions fréquentes

La réforme des arrêts maladie de Sébastien Lecornu est-elle déjà appliquée ?

Non. Au 30/08/2026, il s'agit d'une annonce politique, pas d'un texte adopté. Les mesures seraient discutées à l'automne dans le cadre du budget. Rien ne change tant qu'aucune loi ni décret n'est publié au Journal officiel.

Quel est le délai de carence actuel pour un arrêt maladie dans le privé ?

Le délai de carence est de 3 jours pour l'indemnisation par la Sécurité sociale : les IJ ne sont versées qu'à partir du 4ᵉ jour d'arrêt (article L.323-1 du Code de la sécurité sociale). Mais de nombreuses conventions collectives neutralisent cette carence via un maintien de salaire employeur.

Une baisse des indemnités journalières coûterait-elle plus cher à l'employeur ?

Potentiellement oui. Si la Sécurité sociale verse moins et que votre convention collective garantit un pourcentage du salaire, le complément à la charge de l'employeur augmente mécaniquement pour atteindre le niveau garanti. L'impact dépend entièrement du texte conventionnel applicable.

Qui verse quoi pendant un arrêt maladie ?

La Sécurité sociale verse les indemnités journalières après carence. L'employeur peut compléter via le maintien de salaire prévu par la loi (article L.1226-1 du Code du travail) sous condition d'ancienneté, ou par une convention collective souvent plus favorable.

La hausse des arrêts maladie est-elle vraiment due à des abus ?

En partie seulement. Une part significative de la progression tient à des facteurs structurels : vieillissement de la population active, allongement des carrières et arrêts longs pour affections chroniques. Assimiler l'ensemble de la hausse à des abus est un raccourci contestable.

Dois-je modifier ma gestion de paie dès maintenant ?

Non. Anticiper une réforme non votée expose à des erreurs de paie. Tant qu'aucun texte n'est publié au Journal officiel, appliquez les règles actuelles et suivez le calendrier du PLFSS de l'automne.

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