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Économie2026-09-13· 8 min

Retraites : le plan du gouvernement pour travailler plus longtemps

Le Haut-commissariat au plan préconise d'allonger la durée de cotisation. À 23-24 ans, il faudrait viser 70 ans. Explications et impacts.

Retraite : le Haut-commissariat au plan vise 70 ans pour les carrières démarrées à 23-24 ans

Si vous avez commencé à travailler autour de 23-24 ans, il faudrait viser 70 ans pour partir avec une retraite complète : c'est le message envoyé par le Haut-commissariat à la stratégie et au plan dans un rapport publié le 10 septembre 2026. L'institution estime que les réformes des retraites déjà votées ne suffisent pas à équilibrer les comptes, et propose d'allonger la durée de cotisation minimale de trois à quatre années supplémentaires. Attention : il s'agit d'une recommandation d'un organisme de réflexion, pas d'une loi. Rien n'est voté, rien n'est en vigueur. Mais pour les salariés comme pour les dirigeants qui gèrent des équipes vieillissantes, le signal est clair : la tendance est à travailler plus longtemps. Voici ce que dit ce rapport, pourquoi il le dit, et ce que cela change concrètement.

Ce que propose exactement le rapport

Le Haut-commissariat au plan ne propose pas un âge de départ unique à 70 ans pour tout le monde. Sa logique est différente et plus subtile : elle raisonne à partir de l'âge d'entrée dans la vie active.

Le raisonnement tient en une phrase. Plus vous commencez à travailler tard, plus vous devez travailler tard pour cumuler assez de trimestres. Quelqu'un entré sur le marché du travail à 23 ou 24 ans — c'est le cas typique d'un diplômé du supérieur — n'aurait pas cotisé le nombre d'années requis avant un âge avancé. D'où ce chiffre choc de 70 ans.

Le cœur de la proposition, c'est donc d'allonger la durée de cotisation : il faudrait cotiser trois à quatre ans de plus qu'aujourd'hui pour espérer une pension complète. Ce n'est pas l'âge légal (celui à partir duquel on peut partir) qui est visé en premier, mais le nombre de trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein.

Pourquoi les réformes précédentes ne suffiraient pas

Le constat de l'institution est frontal : même après la réforme de 2023 qui a repoussé l'âge légal à 64 ans, le système ne serait pas à l'équilibre sur le long terme.

Trois facteurs se combinent. D'abord, on vit plus longtemps : chaque retraité touche sa pension pendant davantage d'années. Ensuite, le rapport entre le nombre de cotisants (ceux qui travaillent et paient) et le nombre de retraités (ceux qui reçoivent) se dégrade. Enfin, les Français entrent de plus en plus tard dans la vie active à cause de l'allongement des études — ce qui décale mécaniquement le moment où ils atteignent la durée de cotisation requise.

Le système de retraite français fonctionne par répartition : les cotisations des actifs d'aujourd'hui paient les pensions des retraités d'aujourd'hui. Ce n'est pas une cagnotte personnelle. Quand la démographie se retourne, l'équation devient impossible sans jouer sur l'un des trois leviers : baisser les pensions, augmenter les cotisations, ou faire travailler plus longtemps. Le rapport privilégie le troisième.

L'angle mort du débat : les carrières longues, elles, ne sont pas visées

Voici le point que peu de commentaires relèvent, et qui change tout dans la lecture du rapport. Cette cible de 70 ans concerne les personnes entrées tard dans la vie active. À l'inverse, quelqu'un qui a commencé à travailler à 18 ou 20 ans aura, lui, cotisé ses trimestres bien plus tôt.

Autrement dit, la proposition ne pénalise pas de la même façon tout le monde. Elle touche davantage les cadres et les diplômés du supérieur — précisément une partie de la population qu'on présente souvent comme « privilégiée » dans le débat sur les retraites. Un ouvrier entré à 20 ans et un ingénieur entré à 24 ans ne sont pas logés à la même enseigne : le second devrait travailler plus longtemps pour atteindre le même niveau de pension.

Ce déplacement du curseur mérite d'être compris par les dirigeants. Vos populations les plus qualifiées, celles que vous cherchez à retenir, sont aussi celles dont l'horizon de départ pourrait reculer le plus.

Ce que ça change (ou pas) pour vous, salarié

Première chose à retenir : rien ne change aujourd'hui. Un rapport du Haut-commissariat au plan n'a aucune valeur contraignante. Il alimente la réflexion publique et peut inspirer un futur projet de loi, mais il ne modifie ni le Code de la sécurité sociale ni l'âge légal en vigueur.

Cela dit, ce type de rapport donne le sens du vent. Pour un salarié, trois réflexes s'imposent :

  1. Vérifier son relevé de carrière. Chaque assuré peut consulter le nombre de trimestres déjà validés sur son compte retraite. C'est la donnée de base pour anticiper.
  2. Identifier son âge d'entrée réel dans la vie active. Un stage rémunéré, un job étudiant cotisé, une période d'apprentissage peuvent avoir validé des trimestres plus tôt qu'on ne le croit.
  3. Ne pas confondre âge légal et taux plein. On peut partir dès l'âge légal, mais avec une pension réduite si tous les trimestres ne sont pas là. La proposition du rapport porte justement sur cette durée de cotisation.

Ce que ça change pour les dirigeants et les DRH

Pour un employeur, cette actualité n'est pas qu'un débat de société. Elle touche directement la gestion des âges dans l'entreprise.

Si la durée de cotisation s'allonge, les carrières s'allongent. Cela signifie des salariés plus âgés dans les effectifs, plus longtemps. Le sujet de l'emploi des seniors — leur maintien, leur reconversion, l'aménagement de leurs postes — devient central. Les entreprises qui n'ont aucune politique sur le sujet risquent de le subir plutôt que de l'organiser.

Un DRH le résume ainsi : « On raisonne encore nos plans de mobilité sur des départs à 62-64 ans. Si l'horizon glisse vers 67-70 pour une partie des cadres, ce sont dix ans de gestion de carrière en plus à penser — la formation, la pénibilité, l'ergonomie des postes. Personne n'a construit ses accords là-dessus. »

Concrètement, les leviers existent déjà dans le droit du travail : négociation d'un accord sur la gestion des emplois et des parcours professionnels, dispositifs de retraite progressive, aménagements du temps de travail en fin de carrière, entretiens de deuxième partie de carrière. Le rapport ne crée aucune obligation nouvelle, mais il renforce l'urgence de s'en saisir.

Une proposition parmi d'autres, dans un débat non tranché

Il faut garder la tête froide. Le Haut-commissariat au plan produit des analyses prospectives ; il n'écrit pas la loi. Sa proposition d'allonger la durée de cotisation de trois à quatre ans est une hypothèse de travail, versée au débat public, qui devra affronter l'arbitrage politique, la négociation avec les partenaires sociaux et, éventuellement, le Parlement.

L'histoire récente montre que ce chemin est long et incertain. La réforme de 2023 a montré à quel point le sujet est explosif. Rien ne garantit que cette recommandation débouche sur un texte, encore moins dans les termes proposés.

Le vrai enseignement pour un dirigeant ou un salarié éclairé n'est donc pas le chiffre « 70 ans », mais la direction : le système de retraite français est structurellement sous tension, et toutes les pistes sérieuses pointent vers un allongement de la vie active. Mieux vaut anticiper cette tendance de fond que réagir dans l'urgence le jour où un texte passera.

Questions fréquentes

Le rapport du Haut-commissariat au plan est-il une loi ?

Non. C'est une recommandation d'un organisme de réflexion publique, sans valeur contraignante. L'âge légal et la durée de cotisation en vigueur ne changent pas tant qu'aucune loi n'est votée. Le rapport alimente le débat, il ne fixe aucune règle applicable.

Pourquoi viser 70 ans si l'âge légal est à 64 ans ?

Parce que le rapport raisonne sur la durée de cotisation, pas sur l'âge minimal de départ. Quelqu'un entré tard dans la vie active (23-24 ans) atteindrait le nombre de trimestres requis plus tard. 70 ans serait l'horizon pour une pension complète, pas l'âge à partir duquel on peut partir.

Les personnes entrées tôt dans la vie active sont-elles concernées ?

Beaucoup moins. Un salarié entré à 18 ou 20 ans aura cotisé ses trimestres plus tôt et ne serait pas visé par cet horizon de 70 ans. La proposition pèse surtout sur les carrières commencées tardivement, notamment les diplômés du supérieur.

Comment savoir combien de trimestres j'ai déjà validés ?

En consultant votre relevé de carrière sur votre compte retraite personnel en ligne. Il récapitule tous les trimestres cotisés, y compris ceux acquis pendant des jobs étudiants ou de l'apprentissage. C'est le point de départ de toute anticipation sérieuse.

Quels leviers un employeur peut-il activer face à l'allongement des carrières ?

Les accords sur la gestion des emplois et des parcours professionnels, la retraite progressive, les aménagements de temps de travail en fin de carrière et les entretiens de deuxième partie de carrière. Ces dispositifs existent déjà et permettent d'organiser l'emploi des seniors plutôt que de le subir.

Cette proposition risque-t-elle d'être adoptée bientôt ?

Rien ne le garantit. Une recommandation doit passer par l'arbitrage politique, la concertation avec les partenaires sociaux et, le cas échéant, un vote parlementaire. Le sujet des retraites est extrêmement sensible, comme l'a montré la réforme de 2023.

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