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Guide pratique2026-03-28· 8 min

Comment procéder à une inaptitude ? De reclassement étape par étape

Le licenciement pour inaptitude exige une procédure de reclassement rigoureuse. Visite médicale, recherche de reclassement, consultation CSE : guide détaillé.

L’inaptitude du salarié à son poste de travail est constatée par le médecin du travail lors de la visite de reprise ou d’un examen médical. Elle déclenche une procédure encadrée par les articles L.1226-2 à L.1226-4-3 (inaptitude non professionnelle) et L.1226-10 à L.1226-12 (inaptitude professionnelle) du Code du travail. L’employeur doit rechercher un reclassement avant de pouvoir procéder au licenciement. Le non-respect de cette procédure entraîne la nullité ou l’absence de cause réelle et sérieuse du licenciement.

Étape 1 : la constatation de l’inaptitude

Depuis la loi Travail du 8 août 2016, l’inaptitude peut être constatée en une seule visite médicale par le médecin du travail (contre deux auparavant). L’article R.4624-42 prévoit toutefois qu’un second examen peut être nécessaire si le médecin l’estime utile. L’avis d’inaptitude doit être rendu sur le formulaire réglementaire et mentionner les conclusions du médecin sur la capacité du salarié. Le médecin doit également préciser si l’état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi (dispense de reclassement). L’avis d’inaptitude peut être contesté devant le conseil de prud’hommes en référé (article L.4624-7), dans un délai de quinze jours. Le médecin du travail doit avoir procédé à une étude du poste et des conditions de travail et avoir échangé avec l’employeur et le salarié.

Étape 2 : la recherche de reclassement

Sauf dispense de reclassement, l’employeur doit rechercher un poste de reclassement adapté aux capacités du salarié. La recherche doit être menée dans l’entreprise et, le cas échéant, dans les entreprises du groupe. Le poste de reclassement doit être aussi comparable que possible au poste précédent, au besoin par des mesures d’aménagement, d’adaptation, de transformation du poste ou d’aménagement du temps de travail (article L.1226-2). L’employeur doit tenir compte des préconisations du médecin du travail. Il doit proposer des postes concrets, précis et individualisés. Les propositions doivent être faites par écrit et le salarié doit disposer d’un délai raisonnable pour répondre. Si plusieurs postes sont disponibles, tous doivent être proposés. La recherche de reclassement doit être loyale et sérieuse.

Étape 3 : la consultation du CSE

Avant de proposer un poste de reclassement ou de constater l’impossibilité du reclassement, l’employeur doit consulter le CSE (articles L.1226-2 et L.1226-10). Cette consultation est obligatoire que l’inaptitude soit d’origine professionnelle ou non. Le CSE est consulté sur les possibilités de reclassement et rend un avis. L’absence de consultation constitue une irrégularité qui ouvre droit à indemnisation. La consultation doit porter sur les propositions effectives de reclassement ou sur les raisons pour lesquelles le reclassement est impossible.

Étape 4 : la dispense de reclassement

Le médecin du travail peut mentionner dans l’avis d’inaptitude que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l’état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. Dans ces deux cas, l’employeur est dispensé de l’obligation de reclassement (articles L.1226-2-1 et L.1226-12). Il peut procéder directement au licenciement pour inaptitude sans recherche de reclassement. Cette dispense libère l’employeur d’une obligation souvent complexe mais ne le dispense pas de la procédure de licenciement elle-même (entretien préalable, notification motivée).

Étape 5 : le licenciement pour inaptitude

Si le reclassement est impossible, refusé par le salarié ou dispensé par le médecin du travail, l’employeur peut procéder au licenciement pour inaptitude. La lettre de licenciement doit mentionner l’inaptitude et l’impossibilité de reclassement (ou la dispense). La procédure de licenciement pour motif personnel s’applique (entretien préalable, notification par LRAR). Le salarié licencié pour inaptitude non professionnelle a droit à l’indemnité légale de licenciement mais pas au préavis (le contrat prend fin à la notification, article L.1226-4). Pour l’inaptitude d’origine professionnelle, les indemnités sont doublées (indemnité spéciale = 2x indemnité légale + indemnité compensatrice égale au préavis, article L.1226-14). Si l’employeur ne licencie pas et ne reclasse pas dans un délai d’un mois après l’avis d’inaptitude, il doit reprendre le versement du salaire (article L.1226-4).

Les pièges à éviter

L’employeur doit éviter plusieurs erreurs fréquentes : licencier avant l’avis d’inaptitude du médecin du travail, omettre la consultation du CSE, proposer des postes de reclassement incompatibles avec les préconisations médicales, ne pas documenter la recherche de reclassement, confondre inaptitude d’origine professionnelle et non professionnelle (régimes d’indemnisation différents), ou dépasser le délai d’un mois sans licencier ni reclasser. Le cabinet DAIRIA Avocats accompagne les employeurs dans la gestion des procédures d’inaptitude et de reclassement.

À retenir : Visite médicale → avis d’inaptitude → consultation CSE → recherche de reclassement → licenciement si impossible. Délai d’1 mois pour reclasser ou licencier, sous peine de reprise du salaire.

📚 Pour aller plus loin

Les obligations de l’employeur en matière de santé et sécurité au travail

L’employeur est tenu d’une obligation de sécurité envers ses salariés, fondée sur l’article L.4121-1 du Code du travail. Il doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, comprenant :

  • Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité
  • Des actions d’information et de formation
  • La mise en place d’une organisation et de moyens adaptés

Ces mesures reposent sur les 9 principes généraux de prévention définis à l’article L.4121-2 : éviter les risques, évaluer ceux qui ne peuvent être évités, combattre les risques à la source, adapter le travail à l’homme, tenir compte de l’état d’évolution de la technique, remplacer ce qui est dangereux, planifier la prévention, prendre des mesures de protection collective en priorité, donner des instructions appropriées.

Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), prévu à l’article R.4121-1, est obligatoire dans toute entreprise dès le premier salarié. Il doit être mis à jour au moins annuellement dans les entreprises d’au moins 11 salariés, et lors de tout aménagement important modifiant les conditions de travail.

La loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 renforçant la prévention en santé au travail a élargi les obligations en matière de DUERP, notamment en imposant sa conservation pendant 40 ans et son dépôt dématérialisé. Consultez notre page droit du travail pour plus de détails.

La gestion de l’inaptitude : procédure et obligations

L’inaptitude du salarié, constatée par le médecin du travail selon la procédure prévue à l’article L.4624-4 du Code du travail, impose à l’employeur une obligation de reclassement (article L.1226-2 pour l’inaptitude non professionnelle, L.1226-10 pour l’inaptitude d’origine professionnelle).

La procédure se déroule comme suit :

  • Le médecin du travail constate l’inaptitude après examen médical et, si nécessaire, une étude de poste et des conditions de travail
  • L’employeur dispose d’un délai d’un mois à compter de l’avis d’inaptitude pour reclasser le salarié ou le licencier
  • La recherche de reclassement doit être loyale et sérieuse, portant sur l’ensemble des postes disponibles dans l’entreprise et le groupe
  • Le CSE doit être consulté sur les propositions de reclassement (articles L.1226-2 et L.1226-10)
  • Si le reclassement est impossible (ou si le médecin du travail mentionne que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé), l’employeur peut procéder au licenciement pour inaptitude

La Cour de cassation a rappelé dans un arrêt Cass. soc., 22 novembre 2023, n° 22-12.678 que l’employeur ne peut se borner à invoquer l’absence de poste disponible sans justifier des démarches concrètes de reclassement entreprises au sein de l’entreprise et du groupe.

Checklist : conformité santé et sécurité au travail

  • ✅ Élaborer et mettre à jour le DUERP (au moins annuellement pour les entreprises ≥ 11 salariés)
  • ✅ Organiser les visites médicales obligatoires (visite d’information et prévention, suivi individuel renforcé, visite de reprise, visite de mi-carrière)
  • ✅ Mettre en place le suivi individuel renforcé pour les postes à risque (article R.4624-22 et suivants)
  • ✅ Désigner un ou plusieurs salariés compétents en matière de protection et prévention des risques (article L.4644-1)
  • ✅ Former les salariés à la sécurité au poste de travail (article L.4141-2)
  • ✅ Mettre en place les registres obligatoires (registre des accidents bénins, registre de sécurité)
  • ✅ Consulter le CSE (ou la CSSCT) sur les questions de santé et sécurité
  • ✅ Signaler les accidents du travail dans les délais légaux
  • Contacter nos experts pour un audit de conformité

Questions fréquentes

Quels sont les délais de prescription en droit du travail ?

Les principaux délais de prescription sont : 1 an pour contester un licenciement, 2 ans pour les actions portant sur l’exécution du contrat de travail, 3 ans pour les actions en paiement de salaire, et 5 ans pour le harcèlement moral ou la discrimination (article L.1471-1 du Code du travail).

Comment se déroule une audience devant le conseil de prud’hommes ?

La procédure prud’homale débute par une phase de conciliation devant le bureau de conciliation et d’orientation (BCO). En l’absence d’accord, l’affaire est renvoyée devant le bureau de jugement. La procédure est orale et les parties peuvent se faire assister ou représenter par un avocat, un défenseur syndical ou un conjoint.

L’employeur peut-il modifier unilatéralement les conditions de travail ?

L’employeur peut modifier les conditions de travail (éléments non essentiels) dans le cadre de son pouvoir de direction. En revanche, toute modification d’un élément essentiel du contrat (rémunération, qualification, durée du travail, lieu de travail au-delà de la zone géographique) constitue une modification du contrat nécessitant l’accord du salarié (Cass. soc., 10 octobre 2000, n° 98-41.358).

Quels documents l’employeur doit-il remettre en fin de contrat ?

L’employeur doit remettre au salarié : le certificat de travail (article L.1234-19), l’attestation France Travail (article R.1234-9), le reçu pour solde de tout compte (article L.1234-20), et un récapitulatif de l’ensemble des sommes d’épargne salariale. Le défaut de remise cause un préjudice ouvrant droit à des dommages et intérêts.

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