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Économie2025-09-08· 6 min

Participation et intéressement : les seuils abaissés

L'intéressement est désormais accessible aux plus petites entreprises et la participation évolue. Mais les erreurs de mise en place peuvent entraîner la perte des exonérations sociales et fiscales.

Participation et intéressement : les seuils abaissés

Vous avez 35 salariés et vous ne distribuez ni participation ni intéressement. La loi Partage de la valeur pourrait vous y obliger.

Depuis la loi du 29 novembre 2023 relative au partage de la valeur, les entreprises de 11 à 49 salariés qui réalisent un bénéfice net fiscal au moins égal à 1 % de leur chiffre d'affaires pendant 3 exercices consécutifs doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur.

Ce qui change concrètement

L'obligation expérimentale (2025-2028)

Les entreprises de 11 à 49 salariés sont soumises, à titre expérimental, à l'obligation de mettre en place au moins un dispositif de partage de la valeur si elles remplissent les conditions de bénéfice. Elles ont le choix entre :

  • Un accord d'intéressement
  • Un accord de participation (même si elles sont sous le seuil de 50 salariés)
  • Un abondement à un plan d'épargne salariale (PEE, PEI)
  • Le versement d'une prime de partage de la valeur (PPV)

La participation obligatoire (entreprises de 50 salariés et plus)

Pour les entreprises de 50 salariés et plus, la participation est obligatoire dès que l'entreprise a employé au moins 50 salariés pendant 12 mois consécutifs ou non au cours des 3 derniers exercices.

La formule légale de calcul de la réserve spéciale de participation est :

RSP = 1/2 x (B - 5 % C) x S/VA

Où B = bénéfice net fiscal, C = capitaux propres, S = salaires, VA = valeur ajoutée.

Une formule dérogatoire peut être négociée par accord, à condition qu'elle soit au moins aussi favorable que la formule légale.

L'intéressement : ouvert à tous

L'intéressement est facultatif et peut être mis en place dans toute entreprise, quelle que soit sa taille. Il est basé sur des critères de performance librement définis (chiffre d'affaires, productivité, qualité, etc.).

Depuis la loi Partage de la valeur, l'intéressement peut être mis en place par décision unilatérale de l'employeur dans les entreprises de moins de 50 salariés dépourvues de délégué syndical et de CSE, pour une durée maximale de 5 ans.

Les avantages fiscaux et sociaux

Pour l'entreprise

  • Exonération de cotisations sociales (hors CSG-CRDS et forfait social)
  • Déductibilité fiscale des sommes versées
  • Forfait social de 20 % (participation) ou 0 % (intéressement dans les entreprises de moins de 250 salariés)

Pour le salarié

  • Exonération d'impôt sur le revenu si les sommes sont placées sur un PEE/PERCO pendant 5 ans
  • CSG-CRDS à 9,7 % (au lieu des cotisations sociales classiques)

Les erreurs qui font perdre les exonérations

  1. L'accord non conforme : un accord d'intéressement qui ne respecte pas le caractère aléatoire des critères (résultat dépendant de la conjoncture, pas garanti) peut être requalifié en salaire, avec perte de toutes les exonérations.

  2. Le dépôt tardif : l'accord d'intéressement doit être déposé auprès de la DREETS dans les 15 jours suivant la date limite de conclusion. Un dépôt tardif ne fait pas perdre les exonérations pour les périodes postérieures, mais les exonérations ne s'appliquent qu'à compter du dépôt.

  3. La distribution inégalitaire : l'intéressement et la participation doivent bénéficier à tous les salariés (une condition d'ancienneté de 3 mois maximum peut être prévue). Exclure certaines catégories invalide l'accord.

  4. Le plafond dépassé : l'intéressement individuel est plafonné à 75 % du plafond annuel de la sécurité sociale (environ 34 776 euros en 2025). Le dépassement perd le bénéfice des exonérations sur la fraction excédentaire.

Ce que vous devez faire lundi matin

  1. Vérifiez si vous êtes concerné par l'obligation expérimentale : 11 à 49 salariés + bénéfice net >= 1 % du CA sur 3 exercices consécutifs.

  2. Si vous avez 50 salariés ou plus, vérifiez que votre accord de participation est en place et à jour. L'absence de participation expose à un redressement URSSAF et à des pénalités.

  3. Étudiez l'intéressement comme outil de motivation : le forfait social à 0 % pour les PME en fait un dispositif très avantageux.

  4. Déposez vos accords dans les délais : le dépôt tardif n'est pas un détail, c'est une condition des exonérations.

  5. Communiquez auprès de vos salariés : un dispositif d'épargne salariale bien expliqué est un puissant levier de fidélisation et d'engagement.

L'épargne salariale n'est plus réservée aux grands groupes. Les PME ont désormais les outils et les incitations fiscales pour partager la valeur. Et pour certaines, c'est même une obligation.

Sources

  • [1] Code du travail, articles L.3311-1 à L.3315-5 (intéressement)
  • [2] Code du travail, articles L.3321-1 à L.3326-2 (participation)
  • [3] Loi n°2023-1107 du 29 novembre 2023 (partage de la valeur)

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