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Décryptage2026-01-22· 7 min

Sous-traitance : la responsabilité solidaire de l'employeur donneur d'ordre

Le donneur d'ordre qui fait appel à un sous-traitant est solidairement responsable du paiement des salaires et des cotisations sociales des salariés du sous-traitant. Un risque méconnu aux conséquences financières lourdes.

Sous-traitance : la responsabilité solidaire de l'employeur donneur d'ordre

Le recours à la sous-traitance est une pratique courante pour les entreprises. Mais le donneur d'ordre n'est pas à l'abri des défaillances de son sous-traitant en matière de droit du travail. La loi organise une responsabilité solidaire qui peut se retourner contre le donneur d'ordre négligent.

L'obligation de vigilance du donneur d'ordre

Le principe

L'article L. 8222-1 du Code du travail impose au donneur d'ordre de vérifier, lors de la conclusion du contrat de sous-traitance puis tous les 6 mois jusqu'à la fin de son exécution, que son cocontractant respecte ses obligations sociales.

Les documents à obtenir

Le donneur d'ordre doit obtenir de son sous-traitant :

  • Une attestation de fourniture de déclarations sociales délivrée par l'URSSAF (attestation de vigilance), datant de moins de 6 mois
  • Un document d'identification (extrait Kbis ou carte d'identification pour les artisans)
  • La liste des salariés étrangers soumis à autorisation de travail, avec les références des titres les autorisant à travailler

Le seuil de déclenchement

L'obligation de vigilance s'applique à tout contrat d'un montant au moins égal à 5 000 euros HT (article D. 8222-5 du Code du travail).

La solidarité financière en cas de manquement

Le travail dissimulé du sous-traitant

Si le sous-traitant est condamné pour travail dissimulé, le donneur d'ordre qui n'a pas respecté son obligation de vigilance est solidairement responsable du paiement :

  • Des rémunérations et indemnités dues aux salariés du sous-traitant
  • Des cotisations sociales obligatoires (URSSAF, retraite complémentaire)
  • Des indemnités de rupture et de l'indemnité forfaitaire de 6 mois

L'absence d'attestation de vigilance

Le seul fait de ne pas avoir demandé ou obtenu l'attestation de vigilance suffit à engager la solidarité financière du donneur d'ordre. Il n'est pas nécessaire de prouver que le donneur d'ordre connaissait la situation irrégulière du sous-traitant.

La chaîne de sous-traitance

La solidarité s'applique à chaque maillon de la chaîne de sous-traitance. Le donneur d'ordre initial est solidairement responsable avec chaque sous-traitant de rang inférieur. En pratique, c'est le donneur d'ordre final (le maître d'ouvrage) qui est le plus souvent poursuivi, car il est généralement le plus solvable.

Le devoir de vigilance renforcé (grandes entreprises)

La loi sur le devoir de vigilance

La loi n° 2017-399 du 27 mars 2017 impose aux entreprises de plus de 5 000 salariés en France (ou 10 000 dans le monde) d'établir un plan de vigilance couvrant les droits humains, la santé-sécurité et l'environnement dans l'ensemble de leur chaîne de sous-traitance.

La directive européenne CS3D

La directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises (CS3D), adoptée en 2024, élargit ces obligations à un plus grand nombre d'entreprises et prévoit un mécanisme de responsabilité civile en cas de manquement.

Les conséquences financières

Pour le donneur d'ordre

La solidarité financière peut représenter des montants considérables : salaires impayés, cotisations éludées, indemnités de rupture pour l'ensemble des salariés du sous-traitant concernés. En cas de défaillance d'un sous-traitant important, la facture peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros.

Les sanctions pénales

Le donneur d'ordre qui recourt sciemment aux services d'une entreprise en situation de travail dissimulé est passible des mêmes sanctions pénales que l'employeur direct : 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.

Les bonnes pratiques

  1. Vérifier systématiquement l'attestation de vigilance URSSAF à la conclusion du contrat et tous les 6 mois
  2. Archiver les attestations et les documents d'identification
  3. Insérer des clauses contractuelles imposant au sous-traitant le respect de la législation sociale
  4. Prévoir un droit d'audit permettant de vérifier les pratiques du sous-traitant
  5. Résilier le contrat en cas de non-fourniture de l'attestation de vigilance
  6. Limiter le nombre de niveaux de sous-traitance pour maîtriser le risque

La responsabilité solidaire du donneur d'ordre est un risque financier et pénal trop souvent sous-estimé. La vigilance dans le choix et le suivi des sous-traitants est une obligation légale dont le non-respect peut coûter très cher.

Sources

  • [1] Article L. 8222-1 du Code du travail (obligation de vigilance)
  • [2] Articles L. 8222-2 et L. 8222-5 du Code du travail (solidarité financière)
  • [3] Loi n° 2014-790 du 10 juillet 2014 (loi Savary, lutte contre la concurrence déloyale)
  • [4] Cass. soc., 23 mars 2022, n° 20-21.457

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