Malade pendant vos vacances : vos congés sont-ils reportés ?
Oui. Depuis septembre 2025, un salarié qui tombe malade pendant ses congés payés peut demander à récupérer les jours « perdus » à cause de la maladie. Concrètement, si vous partez une semaine et que vous passez trois jours cloué au lit avec un arrêt maladie, ces trois jours ne sont plus considérés comme des vacances : ils peuvent être reportés et pris plus tard. Mais attention, ce droit n'est pas automatique et se mérite à trois conditions strictes : obtenir un arrêt de travail en bonne et due forme, prévenir votre employeur, et respecter les délais. Voici comment ça marche vraiment, sans jargon.
Ce qui change depuis 2025 : la maladie « écrase » les congés
Avant, la règle était brutale : si vous tombiez malade pendant vos vacances, tant pis pour vous. Les jours de congé posés étaient consommés, arrêt maladie ou pas. Vous perdiez du repos sans compensation.
Le principe s'est inversé sous l'influence du droit européen. La logique tient en une phrase : les congés payés servent à se reposer, un arrêt maladie sert à se soigner. Ce sont deux finalités différentes, donc deux comptes séparés. Quand la maladie survient pendant les congés, elle prend le dessus — les jours d'arrêt ne peuvent pas être décomptés comme des jours de vacances.
Résultat : ces jours vous restent dus. Vous ne les perdez pas, vous les reportez.
« Beaucoup de salariés croient encore qu'un arrêt pendant les vacances, c'est de l'argent — pardon, du repos — jeté par la fenêtre. C'est faux depuis 2025. Le vrai problème, c'est qu'ils ne pensent pas à aller chez le médecin parce qu'ils sont "déjà en congé". Sans arrêt de travail daté, aucun report n'est possible. »
La condition n°1 : un arrêt de travail, pas juste « se sentir mal »
C'est le point le plus mal compris. Se sentir fatigué, avoir la migraine ou une petite grippe ne suffit pas. Pour déclencher le report, il faut un arrêt de travail établi par un médecin, avec des dates précises.
Sans ce document, vous n'avez aucune preuve. Un souvenir de « j'étais malade la deuxième semaine » ne vaut rien face à l'employeur ou aux prud'hommes. Le réflexe à avoir, même en vacances : consulter un médecin (généraliste, médecin de garde, téléconsultation) dès les premiers symptômes sérieux, et faire établir l'arrêt.
Ce sont uniquement les jours couverts par l'arrêt qui sont reportables. Si votre arrêt court sur 4 jours au milieu de 15 jours de congé, seuls ces 4 jours reviennent dans votre compteur. Le reste des vacances est bien consommé.
La condition n°2 : prévenir votre employeur (et vite)
Tomber malade en vacances ne vous dispense pas de vos obligations habituelles de salarié en arrêt. Il faut :
- Transmettre l'arrêt de travail à votre employeur dans le délai prévu (en général 48 heures, comme pour tout arrêt maladie).
- Signaler que vous étiez en congé au moment de l'arrêt, pour que la logique du report s'applique.
Le piège classique : le salarié envoie son arrêt à la Sécurité sociale pour être indemnisé, mais oublie de l'adresser à l'employeur en précisant qu'il souhaite le report. Sans cette démarche, l'entreprise peut légitimement considérer que les congés ont été pris normalement.
Le bon réflexe : un message écrit (mail ou courrier), daté, avec l'arrêt en pièce jointe, indiquant clairement « je demande le report des jours couverts par cet arrêt sur mon solde de congés payés ». L'écrit, c'est votre preuve.
Combien de jours pouvez-vous vraiment récupérer ?
Vous récupérez exactement le nombre de jours ouvrables couverts par l'arrêt et qui coïncident avec des jours de congé.
Prenons un exemple simple. Vous posez 10 jours ouvrables de congé (deux semaines). Au sixième jour, vous vous blessez et un médecin vous prescrit un arrêt de 5 jours.
- Jours de congé effectivement pris : 5
- Jours « écrasés » par la maladie : 5
- Jours reportés dans votre compteur : 5
Ces 5 jours ne disparaissent pas. Vous pourrez les reposer plus tard, dans les conditions et les délais de report applicables dans votre entreprise.
Petit point technique souvent ignoré : pendant ces jours d'arrêt, vous basculez sur le régime de l'indemnisation maladie (indemnités journalières de la Sécurité sociale, éventuellement complétées par l'employeur), et non plus sur le maintien de salaire lié aux congés. Deux statuts, deux modes de rémunération.
Le cas le plus tordu : la maladie qui déborde sur la reprise
Voici l'angle que peu de gens anticipent. Que se passe-t-il si vous tombez malade la veille de votre départ, ou si l'arrêt se prolonge au-delà de la date prévue de fin de congés ?
Deux situations à distinguer :
- Vous tombez malade AVANT le début des congés : les congés n'ont pas encore commencé. Ils sont normalement reportés en totalité, car vous ne pouvez pas partir en vacances en étant déjà en arrêt. Vous êtes en arrêt maladie, point.
- L'arrêt se prolonge APRÈS la fin prévue des congés : vous restez en arrêt maladie jusqu'à la fin de celui-ci. Vous ne reprenez pas le travail à la date initialement prévue. Là aussi, les jours de congé « mangés » par la maladie sont préservés.
Ce point compte énormément pour les longues absences. Un salarié qui se blesse gravement le premier jour de ses vacances ne « brûle » pas ses trois semaines de congé : il bascule en arrêt, et ses congés restent à sa disposition.
Attention aux délais : un report n'est pas éternel
Récupérer ses jours, c'est bien. Encore faut-il les poser à temps. Les jours reportés obéissent aux règles de report des congés payés de votre entreprise — souvent encadrées par la convention collective ou un accord.
Ne partez pas du principe que ces jours seront disponibles indéfiniment. Le droit européen impose que le salarié dispose d'une période de report suffisante pour prendre effectivement ses congés, mais cette période a une limite. Si vous laissez traîner, vous risquez de perdre pour de bon les jours que la maladie vous avait fait « gagner ».
Le bon réflexe : dès votre retour, formalisez par écrit votre demande de report et proposez de nouvelles dates. Ne comptez pas sur la mémoire de votre employeur.
Ce que doit faire l'employeur (et ce qu'il ne peut plus faire)
Côté entreprise, la marche à suivre s'est clarifiée :
- Il ne peut plus décompter comme congés payés les jours couverts par un arrêt de travail.
- Il doit recréditer ces jours sur le compteur du salarié qui en fait la demande justifiée.
- Il peut, dans les limites de son organisation, discuter des nouvelles dates de prise de ces jours reportés.
Pour un dirigeant ou un DRH, le vrai risque est ailleurs : dans le suivi. Une paie qui ne « voit pas » l'arrêt reçu pendant les congés, et qui décompte quand même les jours, expose l'entreprise à une régularisation, voire à un contentieux. C'est typiquement le genre de question de paie sur laquelle un employeur peut interroger DAIRIA IA, qui répond de façon sourcée en citant les textes applicables et aide à cadrer le traitement du dossier avant validation par un professionnel.
Récapitulatif : les 5 réflexes qui sécurisent votre report
- Consulter un médecin dès les premiers symptômes sérieux, même en vacances.
- Obtenir un arrêt de travail daté — c'est la seule preuve qui compte.
- Transmettre l'arrêt à l'employeur dans les 48 heures.
- Demander le report par écrit en visant les jours concernés.
- Reposer les jours reportés dans les délais prévus par votre entreprise.
Questions fréquentes
Un simple rhume pendant les vacances ouvre-t-il droit au report ?
Non, pas en soi. Ce qui déclenche le report, ce n'est pas la maladie ressentie mais l'arrêt de travail prescrit par un médecin. Sans arrêt daté, aucun jour ne peut être récupéré, même si vous étiez réellement souffrant.
Suis-je payé pendant les jours d'arrêt qui « écrasent » mes congés ?
Vous basculez sur le régime de la maladie : indemnités journalières de la Sécurité sociale, éventuellement complétées par un maintien de salaire selon votre ancienneté et votre convention collective. Ce n'est plus l'indemnité de congés payés qui s'applique sur ces jours.
Puis-je exiger de reprendre mes jours reportés à la date de mon choix ?
Non. Les jours reportés suivent les règles habituelles de pose des congés : vous les demandez, mais l'employeur conserve son pouvoir d'organisation. Il ne peut pas les supprimer, mais il peut discuter des dates.
Que se passe-t-il si mon employeur refuse le report ?
Il ne peut pas refuser un report justifié par un arrêt de travail régulièrement transmis. En cas de blocage, conservez tous vos écrits (arrêt, demande de report, réponse de l'employeur) : ce sont vos preuves en cas de saisine du conseil de prud'hommes.
Ai-je droit au report si je pars à l'étranger et que je tombe malade là-bas ?
Oui, le principe reste le même, mais faites établir un document médical exploitable et transmettez-le à votre employeur et à votre caisse. Les modalités d'indemnisation peuvent varier selon le pays et les conventions applicables : renseignez-vous avant le départ.
Combien de temps ai-je pour poser mes jours reportés ?
Cela dépend de la période de report fixée par votre convention collective ou un accord d'entreprise. Le droit impose une durée suffisante, mais elle n'est pas illimitée. Formalisez votre demande dès le retour pour ne pas perdre ces jours.
La règle vaut-elle aussi pour les RTT ?
Le mécanisme de report décrit ici concerne les congés payés. Le traitement des RTT tombant pendant un arrêt dépend des accords d'entreprise et ne suit pas automatiquement la même logique : vérifiez votre accord RTT.