En ClairDroit · Économie · Décisions
Jurisprudence2025-09-02· 7 min

Responsabilité pénale de l'employeur : les infractions les plus poursuivies

Travail dissimulé, mise en danger, harcèlement, discrimination : la responsabilité pénale de l'employeur n'est pas théorique. Certaines infractions sont poursuivies avec une fréquence qui devrait alerter tout dirigeant.

Responsabilité pénale de l'employeur : les infractions les plus poursuivies

Vous pensez que le droit pénal du travail ne concerne que les cas extrêmes. Les statistiques disent le contraire.

Le droit du travail contient des dizaines d'infractions pénales. La plupart des dirigeants les ignorent, convaincus que seuls les cas "graves" sont poursuivis. En réalité, certaines infractions sont poursuivies massivement, et les peines prononcées sont loin d'être symboliques.

Le mécanisme : qui est poursuivi ?

Le dirigeant personne physique

Le chef d'entreprise est pénalement responsable des infractions commises dans son entreprise, même s'il n'en est pas l'auteur direct. C'est le principe de la responsabilité du fait d'autrui en droit pénal du travail. Sauf s'il a valablement délégué ses pouvoirs à un préposé disposant de l'autorité, de la compétence et des moyens nécessaires.

La délégation de pouvoir ne s'improvise pas. Elle doit être écrite, précise et effective. Un document signé à la va-vite ne protège pas.

La personne morale (l'entreprise)

L'article 121-2 du Code pénal permet la poursuite de la personne morale pour toute infraction commise par ses organes ou représentants. Les amendes applicables sont multipliées par 5 par rapport aux amendes encourues par les personnes physiques.

Le top 5 des infractions poursuivies

1. Travail dissimulé (articles L.8221-1 à L.8224-6)

C'est l'infraction reine du droit pénal du travail. Le travail dissimulé recouvre deux réalités :

  • La dissimulation d'activité : exercer une activité sans immatriculation, sans déclaration fiscale ou sociale
  • La dissimulation d'emploi salarié : ne pas déclarer un salarié (absence de DPAE), ne pas délivrer de bulletin de paie, mentionner un nombre d'heures inférieur à la réalité

Peines : 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende (personne physique), 225 000 euros (personne morale). En bande organisée : 10 ans et 100 000 euros.

Fréquence : des milliers de condamnations par an. C'est l'infraction que les URSSAF et l'inspection du travail traquent en priorité.

2. Mise en danger de la vie d'autrui (article 223-1 du Code pénal)

Exposer un salarié à un risque immédiat de mort ou de blessures graves par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité constitue un délit, même si aucun accident ne survient.

Peines : 1 an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.

En cas d'accident effectif, les peines sont celles de l'homicide involontaire (3 à 5 ans) ou des blessures involontaires, aggravées par la violation d'une obligation de sécurité.

3. Harcèlement moral et sexuel

Le harcèlement moral (article 222-33-2 du Code pénal) et le harcèlement sexuel (article 222-33) sont des délits passibles respectivement de 2 ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende.

L'employeur peut être poursuivi comme auteur direct (si c'est lui qui harcèle) ou comme complice (s'il a laissé faire en connaissance de cause).

4. Discrimination à l'embauche ou dans l'emploi

L'article 225-2 du Code pénal punit la discrimination de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. Les motifs prohibés sont nombreux : origine, sexe, âge, handicap, opinions, activité syndicale, etc.

5. Entrave au fonctionnement du CSE

L'entrave à la constitution ou au fonctionnement du CSE est punie de 1 an d'emprisonnement et 7 500 euros d'amende (article L.2317-1). Cela inclut le fait de ne pas organiser les élections, de ne pas consulter le CSE quand c'est obligatoire, ou de ne pas lui transmettre les informations nécessaires.

Les peines complémentaires qui font mal

Au-delà des amendes et de l'emprisonnement, les peines complémentaires peuvent être dévastatrices :

  • Interdiction de gérer une entreprise pendant 5 ans
  • Exclusion des marchés publics pendant 5 ans
  • Publication de la condamnation dans la presse
  • Affichage de la condamnation dans les locaux de l'entreprise

Ce que vous devez faire lundi matin

  1. Auditez vos risques pénaux : DPAE effectuées, heures déclarées conformes, règles de sécurité respectées, CSE fonctionnel.

  2. Mettez en place des délégations de pouvoir formelles si vous ne pouvez pas tout superviser personnellement. Elles doivent être écrites, précises, et le délégataire doit avoir les moyens de sa mission.

  3. Formez-vous au droit pénal du travail : un dirigeant qui ne connaît pas les infractions auxquelles il est exposé ne peut pas s'en protéger.

  4. Documentez votre conformité : en cas de poursuite, votre meilleure défense est de prouver que vous aviez pris toutes les mesures nécessaires.

  5. Réagissez immédiatement aux signalements : un dirigeant informé d'un risque et qui ne réagit pas voit sa responsabilité pénale considérablement aggravée.

La responsabilité pénale du dirigeant n'est pas un épouvantail. C'est une réalité judiciaire quotidienne. Et contrairement au civil, la prison ne se négocie pas.

Sources

  • [1] Code pénal, article 121-2 (responsabilité des personnes morales)
  • [2] Code du travail, article L.8224-1 (travail dissimulé)
  • [3] Cass. crim., 11 mars 2024, n°23-80.547

Recevez En Clair chaque semaine

Les risques juridiques que vous ne voyez pas, les décisions que vous devez prendre — chaque semaine, pour les dirigeantes et dirigeants, DRH, DAF et experts-comptables.